Agir ensemble

Vivre ensemble suppose des règles de tolérance et de respect, des règles de justice aussi. Serait-ce suffisant ? Pour les disciples du Bouddha, le vivre-ensemble est le plus intense des champs d’éveil. Ils explorent de puissantes questions : comment intégrer l’autre dans leur apprentissage de l’éveil ? Comment préserver son intégrité physique et mentale lorsqu’il se trouve oppressé, opprimé ou réprimé ? Comment simplement le réintégrer dans la vie ? À titre d’aide-mémoire, les disciples du Bouddha disposent d’une liste de conduites nommées traditionnellement « les quatre méthodes intégratives », il s’agit du don, des paroles aimantes, des actions profitables et de la coopération. Leurs actions ne peuvent évidemment se réduire à quatre conduites ; elles condensent et résument simplement leur compréhension du vivre-ensemble. Le défi consiste aujourd’hui à déployer ces méthodes hors des relations immédiates de proximité, afin qu’elles soient aussi comprises comme des outils de métamorphose sociale.

Senju kannon 千手観音 (DR)

En Chine, au Japon, les disciples du Bouddha sont inspirés par la figure de Senju kannon, la forme extraordinaire d’Avalokiteśvara à mille mains et mille yeux. Avalokiteśvara est un être d’éveil mythique, l’exemple parfait de l’amour et de la compassion infinies. Les Japonais ont traduit son nom par Kanzeon, «Considérant les voix du monde», qu’ils abrègent en Kannon. L’être d’éveil entend toutes les souffrances qui s’élèvent de la Terre et déploie autour de lui mille bras pour y répondre avec intelligence et tendresse. L’iconographie traditionnelle dessine dans chacune de ses mains un œil, signifiant que la vision n’est jamais distincte de l’action. Dans la tradition zen, les moines récitent chaque matin la formule de la Grande compassion, une invocation à Senju kannon.

Cette figure de la sollicitude agissante nous inspire. Peut-être n’avons-nous que deux mains mais elles permettent déjà d’offrir, d’aimer, d’œuvrer et de coopérer.

Les membres de la communauté BASE sont engagés dans différentes actions sociales :

Manger autrement. Peut-on imaginer une forme d’alimentation qui n’endommagerait ni notre corps ni notre esprit, ni le monde animal ni la Terre. La tradition zen l’a déjà imaginé.

L’intégration des personnes en situation de handicap. Bien que notre société ait déjà accompli d’importants efforts en ce sens, les personnes en situation de handicap restent trop souvent encore stigmatisées et discriminées.

La promotion de la justice restaurative. Peut-on imaginer une autre forme de justice que la justice punitive, qui puisse restaurer les victimes, les auteurs de délits, leur famille dans leurs intégrités physique, sociale et citoyenne ? Peut-on imaginer une justice qui ne crée pas de violence supplémentaire ?

Bien entendu, cette liste n’est pas exhaustive et à vocation à s’étendre à mille actions, à mille engagements!