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Bouddhisme et handicap

Un article de Jocelyn Mayaud. Vidéo : « Bouddhisme et handicap », une émission de Sagesses bouddhistes (France 2), diffusée le 22 février 2015.

 

Lors d’une émission télévisée pour Sagesses Bouddhistes enregistrée en février 2015, nous avons été invités, Éric Rommeluère et moi-même, à parler du dharma et du handicap. Le thème n’est pas simple, et peu d’enseignants évoquent le sujet. Certains le considèrent même comme une rétribution de fautes commises dans des vies passées.

Je n’ai pas cette vision du handicap, la déficience physique ou psychique ne peut être un critère d’éviction. En tant qu’être humain, nous possédons tous un corps et un esprit, certes parfois malades, choqués, traumatisés, différents des normes que la société nous impose. Pour autant, cette situation ne peut exclure quiconque d’un chemin d’éveil.

C’est pour cette raison que j’avais souhaité témoigner auprès du plus grand nombre. Ouvrir les yeux sur notre fragilité pour ouvrir notre cœur et développer ainsi notre bienveillance, avec justesse.

J’ai retranscrit plus bas trois des questions posées suivies de mes réponses, actualisées et enrichies pour certaines.

Peut-on tout d’abord, définir ce qu’est le handicap ?

La loi définit le handicap comme une « limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

Je préfère parler de situation de handicap plutôt que de handicap, ceci introduit la notion d’interaction entre les capacités physiques et mentales d’un individu par rapport au milieu dans lequel il se situe.

La notion de handicap s’élargit alors considérablement dès lors où il y a inadéquation entre capacité et environnement. La situation de handicap inclut ainsi les personnes de petite taille, les personnes obèses, les personnes à mobilités réduite (personnes âgées, femmes enceintes, personnes blessées…), et cette notion peut être encore élargie.

La situation de handicap est très souvent perçue comme une situation d’exclusion qui ne doit pas être réduite au seul handicap moteur. La limitation des capacités auditives, visuelles, ou encore mentales-psychiques-cognitives, génère très souvent des incompréhensions de la part des personnes valides, ces handicaps étant moins visibles.

En quoi le handicap nous renvoie-t-il à une réflexion sur l’impermanence ?

Un corps difforme, atrophié, nous renvoie à notre fragilité. Sommes-nous tous prêts à regarder notre vulnérabilité au travers du corps de l’autre ? Pouvons-nous faire face à une altérité avec un regard bienveillant en toute équanimité, sans évitement, sans fausse commisération ?

Je ne suis pas considéré comme une personne en situation de handicap, la société en a décidé ainsi au travers des référentiels qu’elle a établis pour « normer » les capacités physiques et intellectuelles du genre humain. Je suis donc valide, actuellement, mais alors pourquoi le handicap me touche-t-il ? Il y a plusieurs raisons.

Tout d’abord, il m’apparait clairement qu’un bodhisattva doit accueillir tous les êtres, avec leurs différences. Il doit abandonner son esprit conditionné qui lui propose et impose sans cesse des normes, des références, des jugements. Regarder le handicap lui permet de produire l’esprit d’éveil.

Mais il y a d’autres raisons. A un certain moment de nos vies, nous avons été, nous sommes ou nous serons en perte d’autonomie. Petits, nous dépendions de nos parents, vieux et déficients, nous dépendrons de nos enfants. Cette relation parent/enfant est bien évidemment une image, les éducateurs et les soignants ne sont pas toujours issus d’une même famille de nos jours. Parfois, même si nous ne sommes pas considérés durablement comme des personnes handicapées, nous pouvons le devenir temporairement à la suite d’un accident. Ainsi va la vie, nous sommes tous potentiellement en situation de handicap.

La question de l’intégration semble essentielle, de quelle manière concrètement, travaillez-vous ?

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, est une grande loi qui refond la législation antérieure en la matière. Cette loi a dix ans aujourd’hui.

Je travaille à titre bénévole pour une association nationale représentant les personnes en situation de handicap moteur. Je constate au quotidien des insuffisances dans la mise en œuvre des textes concernant l’accessibilité du cadre bâti. Nécessairement ma pratique du dharma est en action. J’ai choisi de m’engager auprès de cette association pour lever les mécompréhensions et contribuer à sensibiliser le plus grand nombre aux problématiques d’accessibilité (aux bâtiments, à la culture, à la santé, à l’éducation…). J’ai choisi de m’engager pour que les personnes en situation de handicap puissent bénéficier d’un accès à tout sans perdre leur autonomie.

Le handicap est un miroir qui révèle notre propre impermanence, fragilité de notre condition. A mon sens, le handicap ne concerne pas une catégorie de personnes mais chacun d’entre nous. Si nous avons la chance de vieillir, peut-être cheminerons-nous sur la voie de la déficience physique et mentale. Serons-nous pour autant exclus de la voie du Bouddha ?

Jocelyn Mayaud

Post Author: Joshu

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