Hug vache

Pourquoi être végane ?

Le véganisme est un mode de vie qui exclut la consommation de produits d’origine animale : viande et poisson, mais aussi œufs et produits laitiers du côté alimentaire ; cuir, fourrure et laine du côté textile. Si le terme a été conçu au milieu du XXe siècle, la philosophie est millénaire, et résonne profondément avec le cœur des enseignements bouddhistes.

Le respect de la vie, au cœur des enseignements bouddhistes

Piliers de la pratique pour les laïcs comme pour les religieux, les préceptes bouddhistes varient en nombre et en contenu selon les traditions, mais la défense d’ôter la vie des êtres sensibles, dont les animaux, y figure toujours au premier plan. Cette idée est formulée le plus souvent comme une abstention (« ne pas tuer »), mais parfois également en des termes positifs, comme dans la tradition du Village des Pruniers :

Conscient·e de la souffrance provoquée par la destruction de la vie, je suis déterminé·e à cultiver ma compréhension de l’inter-être et ma compassion, afin d’apprendre comment protéger la vie des personnes, des animaux, des plantes et des minéraux.

L’exercice de l’amour bienveillant (mettā dans la tradition theravāda, maitrī dans la tradition mahāyāna), s’adresse également à l’ensemble des créatures conscientes d’elles-mêmes, et susceptibles d’éprouver de la détresse. Dans la même perspective, la « libération de la souffrance » conçue comme finalité ultime de la pratique du bouddhisme mahāyāna vise l’ensemble des êtres sensibles.

Être végane pour s’abstenir de nuire

Socle de la pratique qui conduit à la libération de la souffrance, le Noble chemin octuple intègre l’ « action juste », celle qui évite de créer de la souffrance et se fonde sur le respect d’autrui et de soi-même. L’acte de manger, dans ses multiples dimensions, est conçu comme une occasion de mettre en œuvre cette règle de vie. Ainsi, les Cinq contemplations, récitées avant les repas dans la tradition du Village des Pruniers, invitent à « [manger] de façon à réduire la souffrance des êtres vivants, cesser de contribuer au changement climatique et à préserver notre planète ».

En quoi cette approche implique-t-elle le véganisme ? Rappelons d’abord un fait très simple : nous n’avons nul besoin de consommer des produits animaux pour être en bonne santé. Une alimentation végétale apporte tous les nutriments dont le corps a besoin [1] et contribue à réduire les risques de maladies chroniques [2]. En consommant des produits issus des animaux, qu’il s’agisse de leur chair (viande, poisson) ou de sous-produits, alimentaires ou autres (lait, œufs, fourrure, cuir…), nous contribuons à maintenir un système qui instrumentalise des êtres sensibles pour satisfaire nos désirs et nos traditions. Chaque année, à l’échelle de la planète, soixante milliards d’animaux terrestres et environ mille milliards d’animaux marins sont tués à cette seule fin.

En France, une majorité écrasante des animaux terrestres proviennent d’élevages industriels, où ils sont enfermés dans des conditions très difficiles, au mépris de leurs besoins essentiels, avant d’être transportés pendant de longues heures, et abattus très jeunes. Est-ce à dire que les animaux issus d’élevages extensifs ou biologiques seraient logés à meilleure enseigne ? En réalité, s’il existe de réelles différences entre ces modes d’élevage, certaines pratiques parmi les plus violentes leur sont communes, comme la séparation de la mère et du petit dans les élevages laitiers, ou le broyage des poussins mâles dans les couvoirs destinés à produire des poules pondeuses. Dans tous les cas, les animaux sont mis à mort dans un état de détresse extrême [3]. Le choix du véganisme constitue donc une abstention : en ne consommant plus de produits animaux, nous cessons d’entretenir le système qui exploite les animaux jusqu’à prendre leur vie. Si nous ne pouvons pas « sauver » les animaux pris dans les mailles de ce système, nous pouvons cependant contribuer à ce que moins d’animaux soient mis au monde pour mener une existence aussi absurde. Relevons également que le choix du véganisme fait pleinement sens en termes écologiques, puisque l’élevage possède un très lourd impact sur les écosystèmes. En particulier, ce secteur est responsable d’au moins 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de la planète, soit davantage que les émissions directes du secteur des transports [4].

Être végane pour affirmer une identité porteuse de valeurs

À l’échelle de notre propre personne, passer d’une alimentation standard à une alimentation végane permet donc de réduire la souffrance infligée aux animaux, et d’alléger le poids de notre alimentation sur les écosystèmes. Dans une telle perspective, il apparaît pertinent que le plus grand nombre possible d’individus mange le plus végétal possible, pour qu’à l’échelle de notre société, la consommation de produits animaux décroisse au maximum. Une telle approche relève du conséquentialisme philosophique, dans la mesure où elle évalue la justesse des actes à l’aune de leurs implications concrètes.

Si cette justification du véganisme me semble correcte, elle est cependant à mon avis insuffisante. En effet, en devenant véganes, nous ne nous abstenons pas seulement de nuire ; nous affirmons aussi et surtout la possibilité de vivre sans recourir aux produits de cette exploitation et, au-delà, notre volonté de mettre fin à l’exploitation des animaux. Il s’agit d’un choix affirmatif, qui possède un impact d’autant plus fort qu’il est assumé et porté positivement. En étant véganes, nous encourageons notre entourage à découvrir des alternatives alimentaires, et à réfléchir à leur propre consommation. Dans cette période où le véganisme émerge comme valeur nouvelle, il s’agit principalement de le faire valoir à l’échelle de notre personne, ou de notre famille. Mais l’enjeu du mouvement végane va bien au-delà : démontrer progressivement qu’à l’échelle de la société tout entière, il est possible de vivre sans exploiter les animaux. Ce qui implique de réfléchir à des scénarios agricoles et économiques, ainsi qu’à de nouvelles modalités de relations entre les humains et les autres animaux. Ce chantier intellectuel s’ouvre timidement, mais il est tout à fait enthousiasmant, et porte à mon avis des enjeux fondamentaux pour les décennies à venir.

Élodie Vieille Blanchard

Notes

1. Un seul point de vigilance : la vitamine B12, dont il n’existe pas de source fiable dans le règne végétal, et pour laquelle une supplémentation est nécessaire. Cet aspect peut conduire à voir le véganisme comme une alimentation « peu naturelle » et ainsi rebuter de potentiels véganes. Cependant, il est nécessaire de préciser que la majeure partie de la vitamine B12 produite sur Terre (et cultivée par des bactéries) sert à supplémenter les animaux d’élevage et passe ainsi dans leur viande puis dans l’organisme des personnes qui les consomment. Voir l’article de David Olivier, « Les animaux-emballages » (Cahiers antispécistes).

2. Academy of Nutrition and Dietetics, Position de l’Académie de Nutrition et Diététique au sujet de l’alimentation végétarienne, 2016. Consultable en ligne sur le site de l’Association Végétarienne de France.

3. Les images d’abattoirs produites par l’association L214 ont démontré de manière édifiante à quel point les « petits abattoirs », labellisés bio et destinés à fournir les AMAP, n’échappaient pas à cette règle. Voir la page Abattoir made in France sur le site de l’association L214.

4. Lutter contre le changement climatique grâce à l’élevage, FAO, 2013. Consultable en ligne sur le site de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Photographie : Marji Beach, 2011, licence Creative Commons (recadrée, photographie originale).

Post Author: elodie

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